Eldo Yohimizu x Lézard noir : Quand la passion du 7ème art s’exprime dans la BD

Depuis 2 ans vous avez peut-être entendu parler d’Eldo Yoshimizu, cet auteur de talent qui a réalisé le manga Ryuko aux éditions Le Lézard noir. Grand passionné de cinéma, avant de devenir mangaka, Eldo Yoshimizu enseignait le dessin et était également compositeur de musique ou encore sculpteur. Tout droit sortit de l’université des arts et de la musique de Tokyo, c’est un artiste complet touche à tout.  il réalisa de nombreuses grandes sculptures situées dans l’espace public japonais. Il a également créé quelques illustrations à l’occasion de certains événements à l’étranger, notamment en France !

Amateur des films de Jean-Paul Belmondo, (Le corps de mon ennemi, l’inconnu dans la maison,…), Steve McQueen (Tom Horn, un ennemi du peuple,..),  au début de l’écriture de Ryuko, en 2011, qu’Eldo Yoshimizu souhaitait se lancer dans le cinéma. Cependant, il se lança dans le manga, au départ n’appréhendant peu le monde de l’édition, il exposa quelques années plus tard en public le premier chapitre de Ryuko dans  des galeries d’arts à Tolyo, afin de proposer une manière plutôt intéressante de découvrir une œuvre. C’est donc, en 2016 que Ryuko est sorti en France chez Le lézard noir.

L’art de la narration d’Eldo Yoshimizu : La frontière entre le cinéma et la BD

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RYUKO ©2015 Eldo YOSHIMIZU – ©Le Lézard Noir 2016

Ryuko est l’actuel chef d’un clan de Yakuza (Le Dragon Noir) dont l’autorité s’est propagée jusqu’au Moyen-Orient, où se situais autrefois le royaume de Forossyah, qui a disparu sous un coup d’état de l’armée rebelle il y a 10 ans. Elle se fit confier lors de cet attentat l’enfant du défunt roi de Forossyah. 18 ans plus tard, l’armée décide de s’en prendre au clan Yukaza. C’est lors de cette attaque que de nombreuses révélations vont éclater au grand jour, notamment sur sa mère soi-disant morte. Cela sonnera le début de cette course effrénée jusqu’à son pays natal afin de la sauver…

 

Ryuko est pour Eldo Yoshimizu, ce qu’il a toujours voulu faire au travers du cinéma. L’histoire de Ryuko n’est pas simplement l’histoire d’une chef de Yakuza souhaitant assouvir sa soif de vengeance. Bien plus profond, il souhaitait également faire voyager les personnages dans divers pays, un choix permettant d’apporter une certaine richesse dans l’intrigue et l’univers de Ryuko. Dans son manga, la frontière entre le cinéma et la bande dessinée semble être minime. Bien que le support sur lequel il souhaitait faire Ryuko est différent, le résultat du travail d’Eldo Yoshimizu est tout simplement saisissant.

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Ryuko volume 2 – Le lézard noir x Eldo Yoshimizu

 

Il profite  aisément  la liberté qu’offrent le cadrage et la mise en page dans le manga, Eldo Yoshimizu va constamment jouer avec, mais également avec « l’espace ouvert » pour profiter pleinement des pages pour ses dessins. Par moments, les lignes qui délimitent les cases sont à peine présentes, les cases s’empilent et ce sont souvent les actions des personnages qui feront office de découpage.

Une méthode intéressante et originale qui rend l’action bien plus dynamique et intense, cela ne nous laisse aucun temps mort dans notre lecture tel un film d’action ! En effet, à la lecture de Ryuko, nous retrouvons des scènes dignes d’une photographie tout droit sortie d’un film. En utilisant cette technique et en jouant avec la perspective, nous avons l’impression d’avoir une caméra en constant mouvement pour suivre l’action.

 

  • Comme cette double page où ce fusil d’assaut remplace les lignes habituelles qui délimite les cases, les balles se déforment et les traits hachurés intensifient cette attaque d’une grande violence.

 

Eldo Yoshimizu joue également avec les objets et l’espace pour donner plus d’impact à sa narration. C’est pour cela que tout le travail sur la composition de ses pages est important dans Ryuko. Il s’éloigne des codes habituels d’alignement des cases que l’on peut voir de manière générale dans le manga. Il pose ses cases un peu partout afin de créer au mieux cette sensation de mouvements lors des scènes d’actions, élément essentiel dans les Gekiga. Ajouté à tout cela, le style d’Eldo Yoshimizu rend ces scènes plus fracassantes.

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RYUKO ©2015 Eldo YOSHIMIZU – ©Le Lézard Noir 2016

Un Gekiga moderne et énergique

En plus de son travail sur la structure des pages, appliquant un format différent de ce que nous avons l’habitude de voir dans ce support aux techniques parfois très codifiées. Nous sommes totalement sous le charme de l’esthétisme de son style de dessin. Ces traits fins variant entre précision et agressivité, on peut remarquer les différents outils qu’il utilise afin de varier ses traits : plumes, pinceau, stylos… 

Le Gekiga est un genre ou plus exactement un style s’adressant à une cible plus mature, optant pour un ton plus sombre, dramatique et se distingue par son réalisme. Ryuko ne révolutionne pas le genre, mais apporte une certaine fraîcheur dans sa construction et par les dessins de son auteur.  Ryuko est un Gekiga à l’ambiance vintage avec son petit lot d’inspirations cinématographiques. L’héroïne nous fera penser à Meiko Kaji dans « Sasori, la femme scorpion », grande figure du cinéma japonais connu en particulier pour avoir joué dans le film Lady Snowblood (adaptation du manga de Kazuo Kamimura et Kazue Koike). 

Cela nous permet de nous plonger efficacement dans ce monde gris où chaque personnage partage sa vision de la justice. En passant par Ryuko aussi sublime que dévastatrice à ses acolytes comme l’inébranlable Nikolaï, ex-militaire des forces spéciales russe. Ces personnages à  forte personnalité et au lourd passé, sont tout aussi charismatiques que notre boss du clan du dragon noir. Au départ accablé par toutes ces révélations, les ambitions de Ryuko ne seront pas simplement habités par la vengeance. Cette culpabilité qui la ronge lui donnera durant cette course sanglante,  la force nécessaire pour se libérer des chaînes du passés afin d’atteindre son but.

Eldo Yoshimizu publie régulièrement des planches du projet qu’il prépare, ce nouveau projet qui sera toujours en collaboration avec les éditions du Lézard noir promet d’être tout aussi excellent !

eldo-Yoshimizu-Ryuko

 

 

5 réflexions sur “Eldo Yohimizu x Lézard noir : Quand la passion du 7ème art s’exprime dans la BD

  1. Bonsoir !
    Sinon, je ne savais pas qu’il voulait en faire un film. Merci pour l’info !
    Pour autant, je ne suis pas convaincue quand vous dîtes : « Dans son manga, la frontière entre le cinéma et la bande dessinée semble être minime. »
    Je veux dire que ce sont des médiums différents même si dans les deux cas, on utilise le cadrage et le découpage. Ce n’est pas parce qu’il y a des scènes d’action intense qu’on peut parler de cinéma (je trouve que c’est un peu facile). Au contraire, je trouve que la force du dessin, sa variété (comme vous le remarquez), la liberté des compositions (par ex la scène de la révélation sur sa mère) font que Ryuko ne peut être autre chose qu’un manga, c’est-à-dire un espace de liberté qui a pour essence premier le crayon (ou la plume). Bref, pour moi ce n’est pas une bonne comparaison.
    J’espère que vous ne prendrez pas mal ces quelques remarques !

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    • Il n’y a pas de soucis, toutes critiques sont bonnes à prendre. Cela rend d’ailleurs le débat d’autant plus intéressant lorsque deux avis divergent !

      Je comprends totalement ton point de vue, il est vrai que mon explication sur cette partie de l’article est assez maladroite. Je souhaitais simplement dire que bien que ce soit des canaux complètement différents, ces supports se rapprochent sur certaines techniques (notamment l’espace libre ou le cadrage). Je parlerai donc plus « d’inspiration d’un art visuel différent » qu’une ressemblance entre les deux !

      La notion de cadrage et de l’espace vide bien que leurs utilisations soient différentes, ce sont deux techniques qui se rapprochent. Par exemple dans le cas de « l’espace vide » dans le cinéma, cela s’applique par des fortes actions qui semblent sortir de l’écran ou rentrer dans celui-ci depuis l’extérieur. Dans le manga, c’est assez identique sauf que ce sont les personnages ou des objets qui sortent des cases (ex : Dans ryuko avec la double page sur l’attaque de l’armée rebelle)

      En tout cas, je te remercie pour ton avis. Je te conseille la vidéo de Koma, cette vidéo est très enrichissante et m’a beaucoup inspiré dans la réalisation de cette article : https://www.youtube.com/watch?v=q_BA9j3IS_I&t=163s

      *Je me suis permis de supprimer la première partie de ton commentaires vis-à-vis de certaines remarques que j’ai corrigés sur l’article, encore merci !

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