L’écoute visuel : retranscrire la puissance du Jazz – Blue Giant

Après Renjoh Desperado, que diriez-vous de retourner dans un monde entouré d’une ambiance bien plus zen et à la fois tout aussi rythmée ? C’est avec des étoiles pleins les yeux, conquis par le travail de cet auteur que j’aborde au sein du blog, le manga musical de Shinichi Ishizuka : Blue giant !

Aux berges de la rivières Hirose à Sandai, un son unique se distingue des autres. Vous aurez beau passer la journée ou en soirée, être frappé par la pluie ou les rayons du soleil d’été, recouvert du manteau blanc d’hiver… Impossible d’ignorer ce son si particulier. Celui-ci, proviens d’un lycéen qui s’est soudainement pris d’amour pour le jazz, s’entraînant sans relâche pour faire découvrir au monde ce qu’est le Jazz. Voici l’histoire de l’ascension passionnante de Dai Miyamoto dans le domaine de la musique.

L’univers sombre et envoûtant du Jazz

Dans son précédent manga « Verticale », Shinichi Ishizuka utilisait le cadre et la composition pour offrir aux lecteurs toute la beauté des montages, ainsi que l’intensité et le danger que représente l’ascension de celle-ci. Dans Blue Giant, ceci est toujours utilisé avec minutie. Cependant cette fois-ci, on ne s’éloigne plus des personnages. Au contraire, Dai rassemble par sa pratique intense du saxophone qui dégage une détermination sans limite et surtout une honnêteté sans pareil exprimant son amour pour le jazz.

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C’est une voie bien difficile que Dai a choisi d’entamer, en faisant le pas dans ce monde dur et intransigeant qui peine à toucher un large public. Il l’apprendra de nombreuses fois à ses dépens, de la cruauté du Jazz et de la difficulté à atteindre le sommet. Et pourtant, ce n’est pas part sa technique que ses solos envoûtent les personnes qui prennent le temps de l’écouter, mais par son dynamisme et les émotions qui en dégagent. Sa manière de pratiquer va au-delà de la théorie au point de bouleverser tous ceux qui lui tendent l’oreille, la pureté de sa musique touche au plus profond du cœur de son entourage.

L’une des grandes forces de Blue Giant, ce sont ses personnages secondaires écrits avec une grande attention. Des personnages très humains, déterminés et guidés par un but plus ou moins précis. Certains laisseront leurs rêves derrière eux, mais ça sera avant écouter les mélodies émises par le saxophone de Dai.

Alors que Shinichi Ishizuka n’avait pas prévu de procéder ainsi, ne sachant pas dans un premier temps où cette technique allait le mener, il utilise à la fin du premier tome, un procédé narratif qu’on retrouvera finalement au sein des volumes suivants. Ce procédé se nomme le : Flash-Forward. A chaque tome, les personnages secondaires que rencontre Dai au cours de son aventure, prennent la parole en témoignant à la fin de celui-ci sur une anecdote ou un événement qui se déroulera à l’avenir dans le récit. Comme son nom l’indique au contrario du Flash-Back le but de cette technique de narration est d’informer le lecteur sur les éléments précis à venir. Une technique qui va de pair avec celle du cilffhanger, la gestion du suspens. On est touchés par ces témoignages et on est curieux de découvrir de quelle manière ces éléments vont-ils s’intégrer dans l’intrigue.

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Blue Giant © 2013 Shinishi Ishizuka / Shogokukan

Ecouter par la vue aux travers de traits intense

Shinichi Ishizuka va chercher constamment à capter l’attention du lecteur par un cadrage, une composition et un découpage particulièrement travaillé. Blue Giant est le style d’œuvre qui me rappelle le lien si étroit avec de nombreux autres arts visuels et plus particulièrement le cinéma. Les techniques propres à l’art séquentiel se ressemblent entre ces deux arts, seule une particularité bien spécifique permet de différencier ses deux médium.

Selon Scott Mccould : « l’espace est à la bande dessinée, ce que le temps est au cinéma ».

C’est exactement ce que l’on ressent avec le découpage et le choix de l’emplacement des cases dans le manga. La gestion de l’espace crée la sensation que le temps se fige quand les musiciens jouent de leur instrument. On admire leurs prestations par le biais de l’intensité des traits de Shinishi Ishizuka. Parmi les planches qui décrivent parfaitement cette sensation, la scène où lors d’un festival culturel de musique, Dai se met soudainement à jouer de son saxophone au milieu de la foule a particulièrement attiré mon attention.

Le cadre se rapproche au fur à mesure du saxophone de Dai, les individus se tournent vers cette mélodie pour s’arrêter un instant et l’écouter. Pour capter toute l’attention du lecteur qui lui écoute par les yeux, les lignes directrices où nous voyons Dai jouer se réunissent sur son saxophone. Pour le clou du spectacle l’attention se tourne sur ces spectateurs imprévus de ce joueur atypique. Sceptiques, surpris, ravis, émus, concentrés, enthousiastes….Les spéctateurs passent par toutes les émotions, alors que nous, lecteurs, restons admiratifs du travail graphique de l’auteur qui nous retranscrit efficacement la puissance de cette prestation. *

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Le bleu est la couleur généralement associée au jazz au Japon, ce genre musical à une grande place dans la culture musicale et la pop culture japonaise. Cela n’est pas étonnant, vu le mal que se sont donner les japonais au fils des années pour se détacher des marques très américaines du jazz pour se l’approprier et valoriser ce genre qui peine toujours à se populariser de nos jours. Néanmoins il y va sans dire que le jazz y trouve un très grand nombre d’adeptes au pays nippon. Le terme seishun qui signifie jeunesse est souvent utilisé pour décrire cette jeunesse au Japon, on parlera alors du « Printemps bleu ». C’est pour cela qu’avec Blue Giant et le personnage Dai l’auteur voyait les choses en grand, tels sont la signification des caractères du nom de notre héros. Shinishi Ishizuka visait à toucher les lecteurs de tous les horizons avec ce manga, avec le personnage de Dai qui représente parfaitement une jeunesse vibrante et vivant à fond de sa passion, vous touchera sans aucun doute au plus profond de votre être.

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Blue Giant © 2013 Shinishi Ishizuka / Shogokukan

Concours Sama Awards

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