Master Class Angoulême : Tayô Masumoto

Une rencontre marquante :  La découverte de la BD Franco-Belge

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Sunny – Taiyo Masumoto

« C’est ma rencontre avec la bande dessinée franco-belge, au cours de ma 5e année de carrière, qui a joué un point culminant dans cette recherche d’équilibre.« 

Au début de sa carrière dans l’industrie du manga, Tayô Masumoto craignait qu’il soit difficile de dessiner ce qu’il souhaitait. Cette pensée était bien ancrée en lui, le faisant douter de son avenir dans le domaine de la bande dessinée. Le point culminant de sa carrière débuta lors de sa venue en France pour assister au rallye de Paris-Dakar qui ne l’intéressait guère. C’est au cours de cette incursion, qu’il fera une rencontre inoubliable qui marquera à jamais le reste de sa carrière : sa rencontre avec la BD Franco-Belge. Au vu d’un système de publication relativement différent de celui du Japon, il remarquera que ce fonctionnement permettait à ces auteurs de dessiner avant tout ce qu’ils souhaitent, ce qu’ils aiment. Tandis que le système japonais prime sur les attentes du lectorat. Néanmoins, pour Taiyo Masumoto, ces deux pensées bien différentes, se complètent et lui ont permis de trouver un équilibre stable dans ce qu’il cherchait à faire dans cette industrie.

« Il n’a pas d’égal, comme Katsushiro Otomo, ce sont ces auteurs que j’ai longuement cherché à ressembler »

Comme lorsqu’on met la main sur l’œuvre qu’est Akira de Katsushiro Otomo, tomber sur les albums de Moebius fut un choc semblable pour Taiyô Masumoto. Meobius n’a pas d’égal et est unique dans son travail, bien qu’il soit impossible pour lui de comprendre le contenu des bulles. La composition des dessins, l’utilisation des traits, de la couleur ou bien la gestion de la lumière…C’était pour lui comme un ensemble de notes composant une musique.

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Moebius – Starwarch

S’échapper grâce à l’imaginaire : dessiner son passé

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Sunny Taiyo Masumoto

 

C’est dès le plus jeune âge que l’auteur fut amené dans un pensionnat pour orphelins, une douleur insoutenable et indélébile qu’il garde même actuellement. C’est avec Sunny que Taiyô Masumoto a choisi de façon volontaire de décrire cette expérience douloureuse. Elle n’a pas été entièrement retranscrite, lors du processus de création du manga Sunny de nombreux souvenirs n’ont pas été transposé dans son manga. La possibilité de réaliser cette bande dessinée était une manière pour lui de fuir cette réalité en se plongeant dans d’autres univers, d’autres réalités.

L’enfance de l’auteur fût également marquée par des lectures diverses et variées, grâce à l’institution qu’il avait rejoint lors de son adolescence Taiyô Masmuto passait la plupart de son temps plongé dans des lectures dont la cible était des lecteurs plus âgées, passant par du Tezuka à Gô nagai ou encore Katsuhiro OtomoRêve d’enfants, Akira sont ces œuvres majeures qui laisseront une marque indélébile chez l’auteur en devenant à la fois une source d’inspiration inépuisable. Il est important de citer sa découverte du travail de Minetaro Mochizuki qu’il décrira de génie dont il ne cessera jamais de faire les éloges.

Une enfance sauvage, riche d’ambitions

La ville de Takara est un mixte d’éléments urbains qui compose cette ville onirique, elle a également pris ses racines d’une vielle promesse d’enfance avec l’un de ses amis. Fuguer leur institution, fuir cette réalité en s’imaginant de façon concrète la manière dont ils envisageaient de survivre seuls…Cette vie imaginaire qui représente la manière dont ils cherchaient à s’échapper de leur quotidien, c’est que Tayô Masumoto a voulu retranscrire dans Amer Béton. L’utilisation d’onomatopées à une grande importance dans son oeuvre, la notion d’onomatopée prend d’ailleurs des proportions bien plus larges et subtiles dans la culture japonaise. L’objectif étant de ne pas représenter simplement « les sons », c’est en particulier leur donner une patte graphique qui leur soit propre pour ainsi ne plus les dissociés des dessins.

Takeshi Kitano  a laissé une impression très nette sur la rétine de Taiyo Masumoto dans son interprétation de la violence et l’action, dans le cinéma le plus souvent la mise en scène de l’action joue sur un effet de caméra qui zoom et se concentre sur celle-ci. Tandis que Takeshi Kitano, lorsqu’il met en scène cette action, il s’éloigne du cadre. La représentation de la mort est quelque chose de très particulier dans Amer Béton, dans le medium auquel est attaché Taiyo Masumoto, cette inspiration provient de Tanegushi Hiro, Katsuhiro Otomo qui ont également travaillés dans les BD se rapprochant du genre polar noir, dans lesquels ils ont toujours recherché comment représenter la mort.

S’éloigner des codes pour explorer de nouvelles possibilités narratives

Partir à contre-courant du genre afin de proposer des personnages originaux, c’est dans un premier temps avec son manga Zero que Taiyo Masumoto cherche à montrer un héros différent de ce que nous avons l’habitude de voir dans les mangas de sports. Miyabi Goshima est un sportif invaincu, doté d’une force terrifiante paraissant presque anormale. Un génie redouté faisant souvent preuve d’aucune humanité, mais qui cependant n’arrive pas à s’intégrer dans la société. Goûter à la défaite, voir mourir sur le ring face un challenger inattendu, devient soudainement son vœu le plus cher.

C’est avec Zero que débute ainsi une expérience graphique par l’auteur en s’appuyant principalement sur le découpage, le placement des cases au sein de ses planches afin d’expérimenter une manière unique de narrer une histoire dans la bande dessinée. Un procédé expérimental qu’il utilisera fréquemment dans les œuvres qu’il réalisera par la suite, celle-ci évoluera et atteindra son apothéose dans le manga qu’il réalisera en 1996 :  Ping Pong.  En ce qui concerne le contraste entre le noir et le blanc, la gestion de la lumière, son inspiration provient essentiellement du travail de Frank Miller (Batman, Sin City).

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ZERO – Taiyo Masumoto – Pika Graphic

Le monde de la bande dessiné japonaise est régi par des habitudes, des codes spécifiques, pour gérer l’action qu’on revoit continuellement dans une grande majorité des œuvres qui peuvent en découler de ce médium. S’émanciper de ces normes déjà établis, perdre ses habitudes pour proposer sa propre manière de gérer la sensation de vitesse dans la représentation de l’action. C’est le but recherché par Taiyo Masumoto dans Ping Pong. Un procédé qui offre de nombreuses possibilités dans la narration,  la disposition des cases n’est pas laissée au hasard, chacune d’elles raconte une histoire.

La participation de la compagne de  Taiyo Masumoto qui travaille également dans le monde de la BD, a joué de manière décisive dans cette étape de recherche de trouver une alternative dans la représentation de l’action. Dans Ping Pong, les ellipse n’ont pas pour rôle principal de faire avancer le récit, celles-ci jouent principalement dans sa représentation de l’action, l’ajout ou non d’une case, elles servent principalement dans son découpage afin de trouver le rythme idéal pour son manga.

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Copyright : PING PONG © 1996 Taiyou MATSUMOTO / SHOGAKUKAN

Une conjugaison ultime de son amour pour la bande dessinée et la SF

La science-fiction est un genre qui a des grandes difficultés à être accepté par le lectorat japonais, disposant de bagages suffisamment conséquent dans sa carrière, il se lança dans la réalisation de Number 5. Ayant rarement eu l’occasion de travailler sur une bande dessiné se basant sur ce qu’il cherchait réellement à retranscrire, en débutant ce projet, ses intentions étaient claires : rendre hommage à l’amour qu’il porte pour la bande dessinée occidentales, aux œuvres tels que Blade Runner et de Katsuhiro Otomo, Moebius. Le chemin qu’il avait choisi pour ce manga a complètement changé de direction lors du terrible événement du 11 septembre 2001, représenter des éléments relevant de l’assassinat comme outils de divertissement n’était plus envisageable. Number 5 regorge de nombreuses actions très riches en intensité, après avoir trouvé sa manière de représenter l’action avec Ping Pong et Zero. Dans cette œuvre, l’auteur a souhaité de prendre plus de liberté, plus de risque dans la construction de l’action.

 

 

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Exposition de Taiyo Masumoto au festival international de la bd d’Angoulême

 

Une liberté graphique hurlante de créativité 

Number 5 fut l’un de ses projets les plus éprouvant jusqu’à aujourd’hui, c’est donc pour cela qu’une fois qu’il entama la réalisation de Samourai Bamboo, le traitement scénaristique du manga fut confié à son ami, Iseei Eifuku. Pour Taiyô Masumoto s’il devait prendre la réalisation d’un dessin seul il ne se serait pas à la hauteur, il serait de même s’il se concentrait uniquement sur la rédaction de texte. Le BD est le médium idéal qui conjugue ces aspects, lui permettant de donner forme à ses idées. La réalisation de Samourai Bamboo fut très apaisante et libératrice pour Tayô Masumoto, il exprime dans ce manga toute sa créativité graphique en optant pour un style bien différent de ses autres œuvres !

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©Kana 2009 Eifuku/Matsumoto, Taiyou

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