Twin peaks x Dragon head

Le combat entre le bien et le mal est un sujet omniprésent dans les mythes et les histoires. Cette éternelle opposition traverse les âges et revient constamment dans une grande partie des oeuvres existantes, que ce soit dans des grandes sagas du cinéma ou de la littérature comme Star Wars ou les Seigneurs des Anneaux, ou encore dans les comic books de super-héros d’éditeurs comme Marvel et DC. Nous sommes habitués au schéma classique et manichéen du héros courageux et noble représentant le bien qui affronte un terrible adversaire cruel et sans coeur qui réprésente le mal. Pourtant, aujourd’hui, nous avons décidés de revenir sur deux oeuvres qui représentent le mal de manière plus originale; la série Twin Peaks de David Lynch et Mark Frost et Dragon Head de Minetaro Mochizuki. Ces deux monuments ayant chacun marqués les esprits et leur époque à leur manière n’ont au premier abord aucun lien entre eux, mais nous tenions à mettre en parallèle leurs thématiques très semblables, notamment leur façon de représenter le mal. 

Evidemment, cet article relève des événements clés de Twin Peaks et Dragon Head.

Minetaro-Mochizuki

Auteur et dessinateur talentueux au style épuré et contrasté, Minetaro Mochizuki est surtout célèbre pour deux de ses mangas, aujourd’hui considérés comme des incontournables : Dragon Head (Pika édition – 2001) et Chiisakobé (Le lézard noir – 2015) qui gagne le Prix de la série 2017 au Festival International de la BD d’Angoulême. Il débuta en 1993 avec La dame de la chambre close, mais c’est à la sortie de Dragon Head que sa carrière est propulsée, en recevant notamment les éloges de Katsuhiro Ôtomo (AKIRA) qui dira à son sujet :

« Minetaro Mochizuki est le mangaka le plus doué de sa génération. »

David-Lynch-TwinPeaks

Cinéaste, acteur, photographe ou encore peintre… David Lynch est un des plus grands cinéastes de son époque. Son univers si unique à la fois onirique et cauchemardesque fascine autant qu’il divise. Connu du grand public pour des films tels que Mulhollande drive, Blue Velvet ou Elephant Man, Lynch est surtout connu pour sa série phare co-créée avec Mark Frost: Twin Peaks !

Au fin fond de l’obscurité se cache un être terrifiant : La peur 

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Dragon Head – Pika édition – © Minetaro MOCHIZUKI / Kodansha Ltd

« Celui qui doit combattre des monstres doit prendre garde de ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes dans un abîme, l’abîme regarde aussi en toi » -Friedrich Wilhelm Nietzsche 

Cette phrase que vous avez sûrement déjà entendu au sein d’un film, roman ou n’importe quel type d’œuvre, décrit efficacement le manga de Minetaro Mochizuki. Dragon Head peut être considéré comme l’un des piliers du manga d’horreur. Sombre, angoissant, éprouvant, ces adjectifs décrivent bien l’univers dans lequel nous nous retrouvons en découvrant les premières pages de Dragon Head. Coincés dans un tunnel contre leur gré alors qu’ils étaient dans un train lors d’un voyage scolaire, les jeunes protagonistes de Dragon Head devront lutter pour s’en survivre et s’en sortir au point de retourner à un instinct primaire. C’est le cas de Nobuo, un élève en apparence normal qui se métamorphose au fil du récit pour devenir un être primitif attiré par l’obscurité pendant que les autres protagonistes tenteront de ne pas tomber dans la folie. Le mal auquel les personnages du récit devront faire face n’est pas celui que le lecteur s’imagine. Ici, pas de seigneur du mal ou de méchant à vaincre, le combat n’est ici pas physique. Le mal inconsciemment. au fil des volumes n’est autre qu’eux-mêmes. 

En avançant dans l’intrigue, les personnages principaux Ako et Teru, feront à de nombreuses reprises référence à un monstre errant dans l’obscurité qui attire tous ceux qui l’approchent dans les ténèbres. Teru fera un moment l’expérience de suivre cet être effrayant dont l’attirance semble être irrésistible. Toute la douleur physique et psychique accumulée dû à cette catastrophe semble disparaître, cette lucidité et ce sang-droit dont il fait parfois preuve n’est plus durant ces instants. Cette silhouette de « monstre » auquel feront référence de nombreuses fois les personnages de Dragon Head, n’est d’autre que la personnification de leur peur de sombrer dans le mal.

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Dragon Head – Pika édition – © Minetaro MOCHIZUKI / Kodansha Ltd

La conception du mal de Minetaro Mochizuki, l’éternel combat du bien contre le mal se rapproche de celle de David Lynch dans Twin Peaks. Dans Dragon Head, la peur est représentée par ce monstre tapi dans l’obscurité qui attire curieusement les protagonistes, tandis que dans la série de Lynch, le mal ressemble plutôt à d’étranges êtres angoissants qui  viennent d’autres dimensions, comme la fameuse « Loge noire »

La lutte acharnée d’êtres purs face à un mal caché

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Dans Twin Peaksles habitants de la ville de Twin Peaks sont pour la plupart des êtres purs qui livrent un combat sans relâche contre le mal à l’état pur. La série démarre sur la découverte du cadavre de Laura Palmer, une jeune fille caractérisant le bonheur et la pureté. Cet événement signe l’arrivée du mal dans la ville, et ce qui n’est qu’un simple meurtre se relève être le début d’une lutte contre d’autres menaces métaphysiques qui se cachent dans cette petite bourgade américaine en apparence calme et sage. Twin Peaks et Dragon Head se rejoignent sur le concept de l’antagoniste métaphysique incarnant le mal à l’état pur que seuls certains personnages peuvent percevoir. Dans Twin Peaks, ce personnage s’appelle « Bob » et il apparaît tardivement dans la série. Il est sans aucun doute la personnification du mal, un être malsain représentant la partie la plus sombre de l’humanité, tout ce que les habitants de Twin Peaks ne semblent pas être. Dans l’univers de la série, certains protagonistes se retrouvent mystérieusement dans la mythique Red Room, une étrange dimension qui ressemble étrangement à un plateau télé et dont les rideaux rouges pourraient faire penser à l’Enfer. Dans cet endroit, les personnages rencontrent des êtres surnaturels qui les guident dans leur lutte contre Bob, ou au contraire, qui les emprisonnent dans ce monde aussi fascinant que terrifiant.

Comme nous avons pu le dire plus tôt, les habitants de Twin Peaks sont des êtres purs attachés à des valeurs fortes qui feront face à un mal qui semblait au départ toucher uniquement la bourgade de nos héros, mais qui va s’étendre géographiquement au-delà de la ville mythique à partir de la troisième saison pour se rendre compte qu’elle touche l’humanité entière. Cela va permettre d’étendre les messages véhiculés par la série mais également l’apparition de tout un essaim de personnages caractéristique de ce type de thématiques tels que des tueurs à gages, hommes d’affaires malsain, psychopathes… Mais dans cet article, c’est surtout les entités des réalités alternatives tels que Bob, « le bras » ou encore le géants qui nous intéressent.

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Ces entités mystérieuses et surnaturelles amèneront les habitants normaux et bienveillants au quotidien banal à mener des actes qui iront à l’encontre de leurs principes et de ce qui les caractérisent en tant que protagonistes. Lors d’une séquence dans la Loge Noire, L’inspecteur Dale Cooper, le héros de la série qui est l’exemple parfait du policier loyal aux valeurs de boy scout, explique qu’après sa rencontre avec le géant, il est allé plusieurs fois à l’encontre de son code d’inspecteur afin de mener à bien son enquête. David Lynch continuera cette déconstruction de ses personnages en introduisant le concept de Tulpas dans la saison 3. Les Tulpas sont des doubles d’habitants de Twin Peaks qui prennent leur place dans le monde réel quand les personnes qu’ils ont copiées sont prisonnières des autres réalités. C’est d’ailleurs le cas de Cooper qui aura deux Tulpas. Le premier Tulpa est Dougie Jones, un agent d’assurance excentrique habitant à Las Vegas avec sa femme et son fils. Lorsque Cooper reviendra dans le monde réel, il prendra la place de Dougie et apportera malgré-lui le bonheur à tout son entourage grâce aux forces des autres réalités. Le deuxième Tulpa de notre héros est un faux Dale Cooper qui est en réalité Bob, l’entité démoniaque, qui a usurpé l’identité de l’agent du FBI. Une fois de plus, le bien et le mal s’affronte dans Twin Peaks en opposant deux facettes du personnage de Cooper.

Dragon Head et Twin Peaks utilisent des procédés similaires pour représenter le mal, même si les deux œuvres font ça de manière très différente. Elles sont toutes les deux des preuves qu’on peut faire des oeuvres manichéennes tout en étant original et transgressif.

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