Conférence festival d’Annecy : Les enfants de la mer

Pour l’occasion du Festival international d’animation se déroulant à Annecy, les enfants de la mer furent projetés durant toute la durée du festival. C’est ainsi que j’ai pu rencontrer le staff derrière cette réalisation lors d’une conférence presse d’Eurozoom, accompagné de sept autres journalistes. Des échanges riches sur l’une des plus belles adaptations de cette année, voire de ces dix dernières années.

Le studio 4°C est sans doute le studio les plus libre et créatif dans le milieu de l’animation japonaise, leur imagination débordante a permis la mise en place de projets atypiques et ambitieux. Mutafukaz, Amer Béton, Mind Game, Princesse Arete…Cette année le studio revient une nouvelle fois en relevant un défi d’envergure, l’adaptation du manga culte de Daisuke Igarashi : Les enfants de la mer.

Immersion dans les eaux profondes du projet, les origines des enfants de la mer

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Les enfants de la mer – Daisuke Igarashi 

« Lorsque elle m’a proposé ce projet  j’ai su que ça serais un projet difficile à mener, mais je préferais souffrir et le faire que voir une autre personne s’en occuper à ma place » –  Ayumu Watanabe – Réalisateur

Daisuke Iragashi célèbre mangaka au Japon connu pour son style graphique innovateur sorti de l’ordinaire, ses œuvres fantastiques où la nature à une place prépondérante. Les enfants de la mer fut prépublié entre 2007 et 2011 dans le magazine Shôgakukan, et c’est en 2013 que Eiko Tanaka (productrice du studio 4°C) choisit de proposer au réalisateur Ayumu Watanabe la réalisation d’une adaptation anime de l’œuvre de Daisuke  Igarashi Nombreux sont les studios s’étant penchés là-dessus et ayant désisté face à un tel projet, l’œuvre originale débordant d’un charme visuel et d’une identité graphique unique particulièrement forte. C’est animé par ce désir d’adapter cette œuvre sur grand écran, en conservant durant toutes ces années cette passion de mener ce projet que débuta la réalisation des enfants de la mer.

Pour relever ce défi, sur la durée totale du projet, Ayumu Watanabe s’est entouré de plus de 300 animateurs, dont 69 dessinateurs. Pour garder une certaine homogénéité dans la gestion des tâches, 10 animateurs clés accompagnaient le directeur d’animation Kenishi Konishi.Une mobilisation conséquente pour un projet d’une telle envergure. La volonté du directeur d’animation fut dans cette réalisation de respecter l’aspect graphique du manga, afin d’apporter quelque chose de novateur et original, le choix s’est donc porté sur une conjugaison parfaite d’éléments 3D et 2D au sein de l’animation. Les enfants de la mer comportent un grand nombre d’espèces aquatiques, le studio a également fait le choix d’intensifié la diversité de ces espèces sur grand écran. En continuant de se baser sur le style d’Iragashi, certains poissons étant réalisés en 3D par Kenichiro Akimoto, ils décident de les concevoir ainsi tout en gardant la sensation que ceux-ci ont été réalisés la main, une technique particulièrement laborieuse mais au rendue impressionnant. La frontière entre ces deux aspects est si minime que le résultat n’en reste que bluffant.

 

« En gardant le charme visuel de l’oeuvre original, cet aspect propre au manga, il n’y aurait eu rien de nouveau » 

 Kenishi Konishi (directeur artistique, chara designer, mise en scène)

 

Au contrario des studio d’animation japonais qui opte pour un schéma de production classique : choix des couleurs, animation 2D/animation 3D, compositing. Pour respecter l’objectif d’une fusion parfaite de l’animation 2D/3D afin de garder toute l’essence du manga, le travail de colorisation Miyuki Ito a eu une importance capitale à la fin de production. Optant pour une couleur similaire pour chaque rendu d’animation, qu’il soit traditionnel ou informatique cela permet d’obtenir cette homogénéité, rendant l’immersion encore plus captivante.

En tant que grand passionné du Studio 4°C, Daisuke Iragashi s’est également investi dans le projet notamment dans le chara design, tout en respectant les valeurs du studio de garder constamment une grande liberté d’action. Pour apporter au lecteur une expérience unique à chacun, le studio décida de briser la trame principale de l’œuvre originale afin de sélectionner chaque élément où Ruka intervient pour en faire la protagoniste du long-métrage.

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« Il voulait beaucoup d’être vivant dans la mer notament des baleines. »

 

Une expérience sensorielle originale

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Ruka Azumi Les enfants de la mer – Eurozoom

Le Japon est une île entourée par la mer, il est indéniable de reconnaître que les japonais sont très attachés à celle-ci, une thématique très présente dans le film. Pour Ayumu Watanabe toute vie provient de la mer, c’est une verité établie, en observant régulièrement l’environnement, les animaux, il admet que les nippons ont un lien très fort avec la mer et qu’il était donc impossible de ne pas faire de rapprochement entre chacun.  Là où dans le support graphique originale le lecteur peut se permettre de gérer lui-même sa lecture, afin d’apprécier les nombreuses scènes contemplatives s’étalant sur plusieurs pages, dans l’animation le spectateur se voit dépendre de la temporalité de la narration imposé par le film.

Daisuke Igarashi se détache d’ailleurs du schéma classique dans un manga : introduction, événement, renversement et fin, sa volonté et de permettre au lecteur lors de ces scènes contemplatives de lui laisser un moment de réflexion. Pour l’adaptation des enfants de la mer, afin d’obtenir ces scènes de réflexions le studio apporte à la trame principale des événements secondaires à celle-ci permettant au spectateur de sortir du film sans s’en détacher lui laissant le temps d’apprécier, de réfléchir sur ces scènes époustouflantes. C’est ainsi que s’est construit le schéma narratif des enfants de la mer, en faisant de Ruka l’héroïne, en prenant légèrement du recul sur la trame du manga qui est centrée sur la mer, les animaux, les être vivant autour de la mer. En suivant sa vie ordinaire, des éléments complexes viennent s’y agglomérer.  Ainsi cela permet à chaque spectateur de vivre sa propre vie à travers Ruka, sa propre expérience jusqu’au bouquet final.

« On tenait à que le spectateur ne soit pas prisonnier de cette temporalité, qu’il puissent profiter ces instants  de réflexions »   – Ayumu Watanabe

 

Avec cette base solide ils réfléchirent à la manière dont ils pourraient faire vivre à nous spectateur une expérience qui nous soit propre, le but étant que chacun ait son interprétation du film. Créer des sensations uniques au spectateur, sensation de mélancolie et de déjà vu face à certaines scènes. Par exemple dans le cas où Ruka plonge une première fois dans la mer en y restant longtemps, on ressent cette impression de mal-être, de suffoquer comme Ruka. Tout au long du visionnage jusqu’à la scène finale on enchaîne ce type d’expérience, pour qu’à la fin le feu d’artifice final représente l’épisode utilme de l’expérience du spectateur. Ce festival représentant tout ce qu’on put vivre soit magnifié par ce spectacle !

Les enfants de la mer, reflet ultime de la volonté du studio 4°c

Comme son nom l’indique « 4°C » correspond à la température où la densité de l’eau est la plus dense, la plus pur. Leur volonté que ni l’animation traditionnelle ni ‘l’image de synthèse ne devait prévaloir sur l’un, le studio 4°C a toujours dans chacun de ses projets porter son choix sur une adaptations leur offrant une grande liberté d’expression artistique. Les enfants de la mer est la concrétisation, une métaphore de cet idéal visuel qu’il cherchait à atteindre. C’est pour cela qu’il n’est pas étonnant qu’un projet qui peut paraître au premier abord impossible à voir le jour soit tenue par le studio 4°C, relever ce défi inatteignable fait partie de l’ADN du studio. Ayant pour principe de mettre un point d’honneur de donner de liberté aux œuvres ou de créer des œuvres porteuses d’une grande force culturelle se distinguant de l’ordinaire, c’est le but recherché au travers des enfants de la mer.

En remerciant une nouvelle fois  @AmelEurozoom d’avoir organisé cette rencontre, comme vous avez pu le voir l’équipe derrière déborde d’énergie et d’une determination touchante à proposer l’un des plus beaux spectacle visuel qu’ils ont pu réaliser à ce jour. En espérant que ce premier article sur les enfants de la mer vous mobilisera d’avantage à vous aventurer dans le salles obscure le 10 juillet.

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